7 octobre 2008 - 22h31



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  Auteur  
                Message 52 réponse(s)  
  amitié sans sexe
  imopectore_sz
  2004-03-05 Sujet soumis  

Je pense que l'amitié sans sexe est possible entre un homme et une  femme.

   crystalline_sz
  2004-03-05 Réponse #21  

C'est ce que je crois aussi Lulu.

Que la relation à ce moment là passe à un autre stade qui en écarte les balises de l'amitié et c'est alors qu'il importe avant de franchir le pas de mettre les choses au clair quand à sa position dans ce rapport avec l'autre. Se dire qu'au départ ce n'est que "pour ce soir" seulement.

Si on pense que ça va tourner en relation amoureuse c'est une toute autre histoire par exemple et on ne parle plus de la même chose.

Pour moi il est de plus en plus clair que de "coucher" avec un ami ce serait une chose sans lendemain. Dans ma tête ce n'est que sexuel; je ne crois pas que je pourrais le lendemain me mettre à le considérer comme autre chose qu'un ami avec qui j'ai dépassé les limites un soir.

Le lendemain, l'effet du vin se serait dissipé, l'ambiance dissoute, le train-train quotidien reprendrait son cours et je me dirais que nous sommes deux adultes raisonnables et responsables et ça s'arrêterait là je pense bien.

Quand à voir si on pourrait reprendre l'amitié comme si rien ne s'était passé, c'est là mon interrogation parce que je ne l'ai jamais vécu....


   alloha_sz38
  2004-03-05 Réponse #22  

ben bonne question????un jour ou lautre un auras envie de lautre et c la que lamitier prend tout son role.....mais meme si tu couche avec ques ce qui empeche de garder cette amitier???si déja la complicité y étais,des fois tu te sent seul et cet ami aussi alors pk pas partager ses bras,ses caresses....un ami c pas la pour les meilleur et le pire???
tu partage té moindre secret avec un ami alors qui mieu placer pour te faire ce gros calin et meme plus quand les deux se sente seul....
et la preuve meme si aujourdhui jai un copain dans ma vie ben mes vrais ami sont encore la ...et sa pcq le respect existais au départ....
bisou alloha.

[Modifié le 3/5/2004 10:48:12 PM]


   lulu2000_sz
  2004-03-05 Réponse #23  

J'ai eu un Ami pendant 6 ans, juqu'à mon 2eme mariage. Il était juste un Ami parce que je refusais de sortir avec, je refusais de l'avoir comme amant, je lui refusais de me parler d'amour pourtant...Il était mon meilleur Ami!l'amour et l'amitié sont deux choses différentes pour moi!


   Hadès_sz
  2004-03-05 Réponse #24  

Gros becs Alloha

Bonne nuit a tous je vais dormir, là, demain je serai pas là, je vais construire mon nouveau pc, j'ai ma nouvelle carte mére, 1 Giga de mémoire vive, mon nouveau processeur le tout dernier d'AMD, nouvelles carte graphique, son . Je vais regler mon bios au poil et passer sous Linux, donc je pourrait pas être avec vous, sniff sniff
Mais je serai là après demain pour avoir la grande joie de vous lire tous. Merci



   alloha_sz38
  2004-03-05 Réponse #25  

merci hades a bientot bisou a toi aussi
alloha.


   fleurdethe_sz
  2004-03-06 Réponse #26  

Moi ca me fait penser au film culte
"Quand Harry rencontre Sally" ces deux grands amis s'étaient jurés de ne jamais coucher ensemble, le jour où ils l'on fait, ils ne se sentaient plus amis et se sont éloignés l'un de l'autre, et finalement le destin a fini par les réunir pour toujours car ils ont réalisés que l'amour était plus fort que l'amitié.

L'amitié pure entre un homme et une femme ca existe, cela est certain. Mais comment garder cette amitié quand il y a une forte attirance entre les 2 personnes, je suppose que souvent dans ce genre de situation la chair l'emporte sur l'amitié, car la tentation est trop forte pour résister, à moins que les deux personnes aient une raison très valable de ne pas aller plus loin que l'amitié.





[Modifié le 3/6/2004 12:35:40 AM]


   Zutdezut_sz
  2004-03-06 Réponse #27  

J'ai bien de la difficulté a comprendre les femmes face a leur rapport entre l'amitié et l'amour

Crystalline dis qu'elle pourrais coucher avec un ami mais que ca s'arreterais la...et pourquoi ca s,arreterais la?. Si on est bien ensemble c'est quoi le mal de sortir avec un ami? Si on l'aime? Je comprend pas.

Developper une belle et solide relation amicale sur plusieurs années et s'apercevoir qu'on est bien ensemble c'est pas de devenir amoureux ca?...Etre en amour ca veut dire quoi...il faut rencontrer un étranger, se ramasser dans son lit apres 2 ou 3 rencontres et se dire celui-la je l,aime et il faut que je le garde? C'est un challenge ou quoi?
Une grande amitié qui mene a l'amour moi je trouve ca merveilleux. Deux personnes qui ont toujours ete complices qui se connaissent bien....quoi demander de mieux pour vivre ensemble?


   crystalline_sz
  2004-03-06 Réponse #28  

Zutdezut,

Je ne peux pas répondre pour toutes les femmes. Je ne peux répondre que pour moi alors je vais le faire.

La réponse est très simple; c'est qu'il y a de nombreuses années j'ai décidé que je ne voulais plus vivre ça la passion amoureuse et je ne m'en porte pas plus mal, bien au contraire. Alors entretenir ce type de relation avec cet ami serait pour moi jouer avec le feu. Donc, pour ma sécurité je ne me permettrais pas ça; je l'éloignerais de moi à ce niveau.

Alors voilà, c'est tout simple....


   closto45_sz
  2004-03-06 Réponse #29  

J'irais même plus loins...
Je dirais que si on ne transforme pas son amour en amitié on sera souvent "entr'amour" et pas si bien dans sa peau, pour beaucoups trop de monde.
Une amitié qui se permet des conversations sexuelles est trés possible, pourvu qu on y mette des limites connues et acceptées.
L'amitié a plusieurs volets possible, du juste pour dire... au tout dire...
Pour ce qui est de la vraie vie, il est certain qu on peut être bien en amitié-amour avec qqun et rester chacun dans son logement. Je trouve d ailleur cette solution très élégante et si je n' avais pas une compagne de vie très interessante et de loin ma meileur amie, c'est sur que j'opterais pour cette solution.
Mais en fait cela ne nous empeche pas d'avoir des amis ou amies commun ou non...
Pour le reste c'est comme dit Chrystalline une question d'intimité et de jardin secret... Que même en couple il faut jalousement garder...


   Zutdezut_sz
  2004-03-06 Réponse #30  

Je ne parle pas d'entretenir une relation ami-amour...mais d'une relation d'amitié qui peut se transformer en amour.

Pourquoi un ami dois rester un ami...si il t,attire avec un verre de vin il dois bien t,attirer sans le verre aussi....je sais pas si je suis plus clair...on dirais que voius classer l'amitié dois rester de l,amitié et ne pas se transformer en amour...


Inconnu
  2004-03-06 Réponse #31  

J'aimerais vous soumettre ce texte d'André Comte-Sponville, philosophe que j'apprécie et dont je ne peux que vous conseiller de lire les écrits. Il est auteur de nombreux ouvrages.

De l'amour et de l'amitié
L'Evénement du Jeudi du 25 au 31 mai 1995 Page 62.

Si la frontière entre l'amour et l'amitié est floue, impossible de les confondre. L'amitié fait religion du don ; l'amour, de la possession. Il n'y a pas de frustration, de manque, dans une vraie amitié, il n'y a que ça dans une passion. La meilleure preuve : les amis de nos amis peuvent devenir nos amis. Tandis que les amants de nos amants...

Entre l'amour et l'amitié, la frontière est floue, fluctuante, incertaine. Elle est pourtant attestée par le vocabulaire, comme aussi (quoique moins clairement) par l'expérience de chacun. Votre meilleur ami vous annonce qu'il vient d'obtenir une bourse, qu'il part pour six mois en Californie : vous êtes content pour lui, vous lui souhaitez bon voyage, sans angoisse, sans amertume, sûr de le retrouver à son retour, certain que votre amitié, qui en a vu d'autres, ne souffrira pas de cet éloignement provisoire.
L'homme ou la femme dont vous êtes amoureux vous annonce la même chose, vous voilà aussitôt plongé dans les souffrances de la séparation, de l'abandon, de la jalousie peut-être. Six mois, c'est long quand on est amoureux, et quel couple peut être sûr d'y survivre ?
Votre ami revient. Il vous raconte ses souvenirs, ses rencontres, les amitiés nouvelles qu'il a nouées là-bas, il vous parle avec chaleur : vous êtes content pour lui ; à nouveau, vous souhaitez rencontrer un jour ces nouveaux amis, qu'ils deviennent, qui sait, les vôtres... L'amitié aime partager, c'est ainsi qu'elle croît et se multiplie. Les amis de nos amis sont nos amis ; en tout cas, ils peuvent le devenir, et c'est le plus beau cadeau peut-être de l'amitié : cette liberté, cette générosité, cette ouverture aux autres, au monde, au hasard des rencontres et des découvertes.
Mais si c'est l'homme ou la femme que vous aimez d'amour, rien de tel. Elles vous dit qu'elle a rencontré un homme là-bas, qu'elle l'aime, et vous voudriez mourir ou la tuer. Il vous raconte ses amours là-bas, le bonheur qu'il a vécu, qu'il veut vivre encore, et vous voilà dévorée de jalousie ou brisée de chagrin... Les amants de nos amants sont nos ennemis. L'amour n'aime pas partager : l'amour veut posséder, garder pour soi seul, retenir. "Ne me quitte pas, ne me quitte pas..."
Il y a donc deux façons d'aimer. En français, le verbe pourtant est le même : on aime ses amis, on aime celui ou celle dont on est amoureux. C'est que ces deux amours, aussi différents qu'ils soient, peuvent aussi se rapprocher, se croiser, au point parfois de se confondre. Il arrive qu'on se découvre un jour amoureux de tel ou tel (de telle ou telle) de ses ami(e)s. Il arrive aussi et c'est sans doute plus fréquent, qu'on devienne l'ami de celui ou celle dont on fut amoureux. Il arrive même, et ce n'est pas le moins agréable, qu'on se tienne dans l'entre-deux, qu'on s'y plaise, qu'on l'entretienne, comme une hésitation heureuse du coeur ou de l'âme, comme un charme supplémentaire, une équivoque délicieuse...

Je n'ai rien dit encore du désir. C'est qu'il ne me semble pas, entre l'amour et l'amitié, faire une différence décisive. Certes, la sexualité se mêle à la passion plus souvent qu'à l'amitié. On peut pourtant, l'expérience le prouve, être amoureux fou d'une femme ou d'un homme qu'on ne désire pas, ou peu, et il arrive (surtout chez les hommes ?) qu'on désire violemment quelqu'un dont on est nullement amoureux. Quant à désirer ses ami(e)s, pas besoin d'être psychanalyste pour savoir que c'est possible. Est-ce ma faute à moi si telle de mes amies est belle, sensuelle, désirable ? Comment l'amitié que j'ai pour elle m'empêcherait-elle de la désirer, et pourquoi ?
Entre l'amour et l'amitié, ce n'est donc pas la sexualité qui fait la différence. C'est plutôt la nature même des sentiments en jeu. Aimer d'amour, aimer passionnément, c'est souffrir d'un manque, d'un besoin dévorant de l'autre, de sa présence, de son amour. Formidable formule d'Eluard : "Tu me manques tellement que je ne sais plus lequel de nous deux est absent." C'est ce que les Grecs appelais Eros, et que chacun appelle la passion. Comment serait-elle heureuse, puisqu'elle n'aime que ce qui lui manque ? Et comment, inversement, pourrait-on rester amoureux de celle ou celui qui ne manque pas, qui est là, tous les soirs, tous les matins ? "Imaginez Mme Tristan", disait Denis de Rougemont, et c'est tout dire en effet. Aimer, c'est manquer, et c'est pourquoi il n'y a pas de passion heureuse.
Nos amis ne nous manquent pas : ils sont pour nous cause de joie et non de souffrance. C'est une autre façon d'aimer, que les Grecs appelaient Philia, et dont Spinoza, beaucoup plus tard, donnera sans doute la meilleure définition : "L'amour est une joie qu'accompagne l'idée d'une cause extérieure." Aimer, c'est se réjouir, et c'est pourquoi il n'y a pas d'amitié malheureuse. Entre les deux, entre l'amour-manque et l'amour-joie, entre la passion et l'amitié, faut-il choisir ? Sans doute pas.
Mais plutôt comprendre ceci : que l'amour ne peut être heureux, s'épanouir, durer, que pour autant que le manque se transmue en joie, la passion en amitié, et c'est à quoi servent les couples peut-être, quand ils sont heureux.

André COMTE-SPONVILLE



   crystalline_sz
  2004-03-06 Réponse #32  

Il est très bon ce texte Sergyann.

Je crois qu'il apporte les réponses que Zutdezut cherchait.

Ça m'amène à dire que ce qui fait qu'un ami ne peut pas devenir un amoureux ce sont les fameux "petits papillons" que l'on ressent aussitôt que l'on rencontre quelqu'un et que l'on en tombe amoureux. Avec l'ami, ça ne s'est pas produit; alors à la limite on peut aller jusqu'à la relation sexuelle mais pour tourner à une passion amoureuse après avoir lu ça, je me dis qu'effectivement il est très peu probable que ça puisse arriver. Les fameux petits papillons n'étaient pas au rendez-vous.....

En tout cas, c'est très bon ce texte!


Inconnu
  2004-03-06 Réponse #33  

Oui, un très bon texte, Crystalline.

Tu sais, Comte-Sponville est un auteur que j’apprécie énormément parce qu’il est arrivé à dépouiller la philosophie de son aspect rébarbatif et à me la rendre sympathique et accessible…
Je peux t'le dire...Tout un exploit!

Passe une belle fin de semaine!


   imopectore_sz
  2004-03-06 Réponse #34  

Je suis content de voir que ma question a suscité plusieurs commentaires.
Merci à tous
imopectore


   Zutdezut_sz
  2004-03-06 Réponse #35  

Ce que je retiens du texte et que je trouve tres juste c'est que la différence entre l'amour et l,amitié....c'est le manque. C'est vrais nos amis ne nous manquent pas....on peut en etre separer longtemps et etre sans nouvelles...pis pouf ils apparaissent et on est heureux d'avoir de leurs nouvelles.

Si une personne que l'on aime d,amour n,est plus la....on s,en ennuie, on est triste...on a du mal a vivre.

Ca n'empeche pas d'avoir une aventure avec un ami....mais l'attachement ne seras pas la. Ca comble au pire un manque d'affection temporaire...et ca peut devenir une erreur de coucher avec un ami alors.

Voila je sais pas si j'ai bien compris mais c'est ce que je retiens de ce texte qui est tres beau.


   tournebine__sz
  2004-03-06 Réponse #36  

Un très beau texte en effet... il n'est pas seulement beau... il fait réfléchir...
si je regarde derrière moi un ti-brin... je réalise à quel point c'est vrai... les années les plus sereines de ma vie... je ne dis pas les plus comblées.... car il manquait le manque !!! sont celles que j'ai vécues avec un homme que je respectais beaucoup, un homme pour qui j'avais beaucoup d'affection... mais je n'en étais pas amoureuse!
Par contre les moments les plus tristes sont ceux reliés à l'amour... à l'amour passion... donc nous tous ici là.... nous courons après notre propre malheur si je comprends bien !


Inconnu
  2004-03-06 Réponse #37  

J'aimerais encore vous suggérer cette lecture, toujours du même auteur et je ne peux que vous conseiller de lire son livre «Petit traité des grandes vertus»

André COMTE-SPONVILLE
Érôs et Philia

En français, [nous avons le mot] amour : aimer un être, c'est désirer qu'il soit, quand il est (on ne fait autrement que l'espérer), c'est jouir de son existence, de sa présence, de ce qu'il offre de plaisirs ou de joies. Mais le même mot vaut aussi, on l'a vu, pour le manque ou la passion (pour éros), et prête par là à confusions. Le grec est plus clair, qui utilise sans hésiter le verbe philein (aimer, quel que soit l'objet de cet amour) et, surtout pour les rapports interpersonnels, le substantif philia. L'amitié ? Oui, mais au sens le plus large du terme, qui est aussi le plus fort et le plus élevé. Le modèle de l'amitié, pour Aristote, c'est d'abord « la joie que les mères ressentent à aimer leurs enfants », c'est aussi « l'amour [philia] entre mari et femme », spécialement quand « tous deux mettent leur joie en la vertu de l'autre », c'est encore l'amour paternel, fraternel ou filial, mais c'est aussi l'amour des amants, qu'érôs ne saurait tout entier contenir ni épuiser, et c'est enfin l'amitié parfaite, celle des hommes vertueux, ceux qui « souhaitent du bien à leurs amis pour l'amour de ces derniers », ce qui en fait « des amis par excellence ». Disons le mot : Philia c'est l'amour, quand il s'épanouit entre humains et quelles qu'en soient les formes, dès lors qu'il ne se réduit pas au manque ou à la passion (à l'érôs). Le mot a donc une extension plus restreinte que le français « amour » (qui peut valoir aussi pour un objet, un animal ou un dieu), mais plus large que notre « amitié » (qui ne se dit guère, par exemple, entre enfants et parents). Disons que c'est l'amour-joie, en tant qu'il est réciproque ou peut l'être : c'est la joie d'aimer et d'être aimé, c'est la bienveillance mutuelle ou susceptible de le devenir, c'est la vie partagée, le choix assumé, le plaisir et la confiance réciproques, bref c'est l'amour-action, qu'on opposera pour cela à érôs (l'amour-passion), même si rien n'interdit qu'ils puissent converger ou aller de pair. Quels amants, s'ils sont heureux ensemble, qui ne deviennent amis ? Et comment autrement seraient-ils heureux ? Aristote voit bien que « l'amour [philia] entre mari et femme » est une des formes de l'amitié, sans doute la plus importante (puisque « l 'homme est un être naturellement enclin à former un couple, plus même qu'à former une société politique », et qu'elle inclut évidemment la dimension sexuelle. C'est ce qui m'autorise à reprendre ce mot de philia pour distinguer, même dans notre vie amoureuse, l'amour-joie (l'amour selon Spinoza) de l'amour-manque (l'amour selon Platon), comme m'y autorise cette formule toute spinoziste d' Aristote: « Aimer, c'est se réjouir ». Cela ne serait pas vrai du manque, et suffit à les distinguer . [...]

J'observe d'ailleurs que le langage moderne, ici comme souvent, donne raison à Aristote. Comment, dans un couple non marié, désigner (quand on en parle à quelqu'un d'autre) celui ou celle dont on partage la vie ? Mon compagnon, ma compagne ? Cela fait scout ou suranné. Mon concubin, ma concubine ? Cela ne se dit que pour l'état civil ou les impôts. Mon partenaire ? Quel horreur! Mon amant, ma maîtresse ? Cela suppose ordinairement un autre couple, que l'on transgresse. Alors ? A l'intérieur du couple, le prénom suffit, ou bien l'on dit « Mon amour », comme tout le monde. Mais quand il faut en parler au dehors, devant quelqu'un à qui le prénom ne dira rien ? Le plus souvent on dit alors « mon ami(e) » (ou pour les plus jeunes : mon copain, ma copine), et chacun comprend ce que cela veut dire. L'ami, ou l'amie, c'est celui ou celle que l'on aime; et si l'on en parle au singulier, comme d'un absolu, c'est celui ou celle dont on partage la vie ou, à tout le moins, avec qui on fait l'amour, non une fois ou de loin en loin, comme avec un « partenaire » occasionnel, mais de manière régulière, sur la longue (plus ou moins longue) durée du couple... Comment l'amitié, au fil des années, ne se mêlerait-elle pas au désir ? Comment ne se substituerait-elle pas, peu à peu, à la dévorante passion (ou simplement à l'état amoureux) qui l'a précédée et d'ailleurs préparée? Cela est vrai aussi dans le mariage, quand il est heureux, et seules les habitudes de langage le rendent alors moins manifeste. On parle de l'autre en disant « ma femme », « mon mari », plutôt que « mon ami(e) ». Heureux les couples mariés pour lesquels ce n'est qu'une question d'usage, qu'un mot différent pour dire la même chose ! Quelle chose? L'amour, mais réalisé et non plus rêvé. Je me souviens avec émotion de cette femme d'une quarantaine d'années, qui me disait, parlant de l'homme avec qui elle vivait depuis dix ou douze ans, dont elle avait eu deux enfants, qu'ils élevaient ensemble: « Bien sûr, je ne suis plus amoureuse de lui. Mais j'ai toujours du désir pour lui, et puis c'est mon meilleur ami. » J'y ai reconnu, enfin dite, et tranquillement dite, la vérité des couples, quand ils sont heureux, et aussi une expérience, soit dit en passant, sexuellement très forte, très douce, très troublante... Ceux qui n'ont jamais fait l'amour avec leur meilleur(e) ami(e) ignorent quelque chose d'essentiel, me semble-t-il, sur l'amour et sur les plaisirs de l'amour, sur le couple et sur la sensualité des couples. Le meilleur ami, la meilleure amie, c'est celui ou celle que l'on aime le plus, mais sans en manquer, sans en souffrir, sans en pâtir (d'où vient passion), c'est celui ou celle que l'on a choisi(e), celui ou celle que l'on connaît le mieux, qui nous connaît le mieux, sur qui on peut compter, avec qui on partage souvenirs et projets, espoirs et craintes, bonheurs et malheurs... Qui ne voit que c'est en effet le cas dans un couple, marié ou pas, dès lors qu'il dure un peu, du moins si c'est un couple uni, et pas seulement par l'intérêt ou le confort, si c'est un couple aimant, et vrai, et fort ? C'est ce que Montaigne appelait si joliment « l'amitié maritale », et je ne connais pas de couple heureux, hormis le feu des commencements, que cette catégorie ne décrive plus adéquatement que celles de manque, de passion ou d'amour-fou. [...]

Les scolastiques distinguaient l'amour de concupiscence ou de convoitise (amor concupiscentiae) de l'amour de bienveillance ou, comme dit aussi saint Thomas, d'amitié (amor benevolentiae sive amicitiae). Sans que cela recouvre exactement l'opposition érôs/philia, telle que j'ai essayé de la penser, on peut dire que l'amour de convoitise reste fidèle à Platon « lorsqu'un être manque de quelque chose et rencontre ce qui lui manque, il le convoite », comme l'amour de bienveillance reste fidèle à Aristote (pour lequel, rappelle saint Thomas, « aimer, c'est vouloir du bien à quelqu'un ». L'amour, explique saint Thomas, se divise ainsi « en amour d'amitié et amour de convoitise : car un ami, au sens propre, est celui à qui nous voulons du bien; et l'on parle de convoitise à l'égard de ce que nous voulons pour nous ». Bref, l'amour de convoitise ou de concupiscence (gardons ce dernier mot, puisque le français en propose deux, pour le désir sexuel), sans être forcément coupable, est un amour égoïste : c'est aimer l'autre pour son bien à soi. L'amour de bienveillance ou d'amitié, au contraire, est un amour généreux : c'est aimer l'autre pour son bien à lui. Saint Thomas n'ignore pas que les deux peuvent se mêler, et se mêlent en effet dans la plupart de nos amours. La différence n'en subsiste pas moins, que le mélange suppose et confirme. J'aime les huîtres et j'aime mes enfants. Mais ce n'est pas le même amour dans les deux cas : ce n'est pas pour le bien des huîtres que je les aime; ni seulement pour le mien que j'aime mes enfants. Aucun amour humain, sans doute, n'est totalement dépourvu de convoitise. Mais il arrive que la convoitise règne seule (quand j'aime les huîtres, l'argent, les femmes...), et l'amour, même intense, est alors au plus bas. Ou qu'à la convoitise se mêle la bienveillance (quand j'aime mes enfants, mes amis, la femme que j'aime), et l'amour est alors d'autant plus élevé que la bienveillance se développe davantage. Aristote est manifestement ému par ces mères qui doivent abandonner leurs enfants à la naissance, pour leur bien à eux, et qui continueront de les aimer sans en être connues, une vie durant, qui vont les aimer en pure perte ou désespérément, souhaitant le bien de leurs enfants davantage que le leur propre, prêtes à sacrifier même, pour autant qu'elle puisse distinguer l'un de l'autre, celui-ci à celui-là. C'est pure bienveillance, et cela est beau (« il est beau de faire du bien sans espoir d'être payé en retour ». Mais ce n'est pas la règle. Le plus souvent bienveillance et convoitise vont se mêler, et c'est tant mieux pour tous ceux qui ne sont pas des saints, c'est-à-dire pour nous tous, puisque cela nous permet de chercher notre bien en en faisant un peu, de mêler égoïsme et altruisme, bref d'être l'ami de nos amis (à qui nous voulons du bien) et de nous-même (à qui nous en voulons aussi). Ainsi, dans le couple : quoi de plus naturel que d'aimer (philia) la femme ou l'homme que l'on désire avidement (érôs), quoi de plus normal que de vouloir du bien à celui ou celle qui nous en fait, que d'aimer avec bienveillance, et joyeusement, celui ou celle dont on jouit concupiscemment, que d'être l'ami, donc, de celui ou celle que l'on convoite et possède... Erôs et philia se mêlent, presque toujours, et c'est ce qu'on appelle un couple ou une histoire d'amour. Simplement érôs s'use au fur et à mesure qu'il est satisfait, ou plutôt (car le corps a ses exigences et ses limites), érôs ne renaît que pour mourir à nouveau, puis renaître, puis mourir, avec toutefois de moins en moins de violence, de moins en moins de passion, de moins en moins de manque (de moins en moins d'érôs, ce qui ne veut pas dire moins de puissance ni de plaisir), quand philia au contraire, dans un couple heureux, ne cesse de se renforcer, de s'approfondir, de s'épanouir, et c'est très bien ainsi. C'est la logique de la vie, c'est la logique de l'amour. On n'aime d'abord que soi : l'amant se jette sur l'aimé comme le nouveau-né sur le sein, comme le loup sur l'agneau. Manque : concupiscence. La faim est un désir; le désir, une faim. C'est l'amour qui prend, c'est l'amour qui dévore. Erôs : égoïsme. Puis on apprend (dans la famille, dans le couple) à aimer un peu l'autre pour lui-même aussi : joie, amitié, bienveillance. C'est passer de l'amour charnel, comme dit saint Bernard, à l'amour spirituel, de l'amour de soi à l'amour de l'autre, de l'amour qui prend à l'amour qui donne, de la concupiscence à la bienveillance, du manque à la joie, de la violence à la douceur - d'érôs à philia.

André COMTE-SPONVILLE, Petit traité des grandes vertus, 18.



[Modifié le 3/6/2004 8:33:26 PM]

[Modifié le 3/6/2004 8:37:15 PM]


Inconnu
  2004-03-06 Réponse #38  

J'en suis sure moi que ça existe.....j'en vis une amitié comme ça depuis 2 ans et demi et c'est fantastique!!!!


   Zutdezut_sz
  2004-03-07 Réponse #39  

A la suite de ce dernier texte...ca ne voudrais pas dire que celui ou celle que l'on considere comme son meilleur(e) ami(e)...sois en fait celui ou celle qui nous ferais le meilleur conjoint(e).

Apprendre a etre des amis avant d'etre un couple ne nous assure t-elle pas une réussite plus grande?. Apprendre a développer une passion, plutot que de prétendre vivre une grande passion sur le coup envers un etre de qui nous ne connaissons rien ?

On dis souvent que l'amitié mene a l'amour mais rarement l'inverse. Et je remarque que dans la vie de tous les jours rare sont ceux qui considere un ami comme son futur conjoint....peut-etre est-ce parce que c'est vu comme un loser que d'aimer un ami?


   tournebine__sz
  2004-03-07 Réponse #40  

Une passion ça ne se développe pas ZutdeZut........ ça se vit, ça se ressent... c'est là ou c'est pas là...... enfin c'est mon opinion!

Pour ce qui est de ton argument à l'effet qu'un ami ferait un meilleur conjoint.... j'en suis convaincue.... d'ailleurs les vieux couples qui ont tenu la route.... ce n'est certainement plus la passion qui les tient mais une belle complicité, une grande affection et un profond respect.... ce qu'on retrouve entre amis finalement. Mais le problème c'est que la passion, enfin si je parle pour moi... ben je ne veux pas y renoncer... je suis encore trop jeune pour être raisonnable !



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