6 juillet 2008 - 21h39



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Inconnu
  2004-08-03 Sujet soumis  

Une visite insolite

L'autre jour, hier, enfin je ne sais plus exactement la date, il m'est arrivé une bien étrange histoire. C'était une journée superbe. Une journée divinement belle. Un ciel d'un bleu si pur. Un vent juste comme il faut; enfin une journée où le péché, aurait été de ne pas en profiter. Ayant toujours à cœur de garder l'âme pure, je n'ai opposé aucune résistance à cette exigence. Profitons donc, me dis-je, mettons en veilleuse la routine de notre quotidien et savourons à plein cette journée radieuse.

Néanmoins, avant de plonger au cœur de ce plaisir, je pense préférable de faire en vitesse un brin de nettoyage. Comme les temps ne sont plus où de gentilles soubrettes exécutaient pour nous ces tâches ménagères, je saisis un plumeau et j'entreprends sur le champ un gracieux ballet. Un petit coup ici, puis un autre par là. Je range hâtivement quelques menus objets, je replace un coussin, j'ajuste un napperon. Œillade aux alentours; me voilà rassurée, il ne subsiste plus qu'un léger négligé. Tout me sied parfaitement. Les heures qui s'en viennent vont être, toutes entières, vouées à la détente.

La détente, bien sûr, ne peut se concevoir sans faire un plongeon au sein de quelques pages ? Sur quoi fixer mon choix ? Un roman, un peu de poésie, ou encore un quelconque magazine qui grâce à ses images ne requiert de vous, qu'un effort minime.

Le cas présent étant, que pour l'effort il y a une tolérance zéro, c'est donc un magazine. Peu importe lequel, je choisis au hasard. Armée de lunettes, engin indispensable, d'un oreiller de plume pour chouchouter mon dos, je descends allègrement le petit colimaçon de fer qui mène au jardin. Ce dernier a, je trouve, un charme indéniable, assez plaisant à l'œil. Dans le fond, un petit potager regorgeant de légumes aux couleurs diverses. Accrochés çà et là des pots, remplis de fleurs. Près d'un sapin immense qui, je l'ai décrété, n'aura jamais l'honneur de se voir accorder le titre de Noël, se trouve, comme en attente, une table. Elle est en compagnie de 4 petits fauteuils. Soit dit en passant, parlant de ces derniers, si on devait leur accorder une quelconque mention concernant leur confort, ils n'auraient à mon avis, pas plus qu'une cote C. Par contre, un peu plus loin, étendue de tout son long, dans toute sa superbe, une vénérable chaise faite de bois massif. À tous les points de vue elle se mérite A+. Coussins moelleux, épais. Lorsqu'on s'y installe, on a le sentiment d'être sur un nuage. Il est bien évident que c'est vers ce siège là que vont mes préférences.

Procédons maintenant à notre installation. Elle se fait sans problème. Surtout, ne pas omettre de donner au dossier, le bon ajustement. Précaution, si l'on veut de sa lecture, tirer les avantages. Ainsi fut fait. Je me sens confortable, j'ajuste sur mon nez l'indispensable outil et me mets à feuilleter ce fameux magazine. Là, je tombe en arrêt ! Une triste histoire où il est question de soleil néfaste tenu pour responsable de tumeurs malignes. Je frisonne d'horreur. Ainsi, l'astre brillant, pour qui je l'avoue, j'ai un sérieux penchant, aurait à ce qu'on dit, une influence bien peu recommandable. Le point étant à mon avis, sérieux, il convient de faire un arrêt pour raisonner un peu. Mes neurones se réveillent. Je me mets à penser et même à réfléchir. Grand malheur me prend, car suite à cet effort je me sens entraînée vers un léger sommeil. Je vous entends déjà me dire : " Jusqu'à présent vraiment, il n'y a rien d'insolite dans ce banal récit". Je vous l'accorde, vous avez raison, je vous donne donc un point. Mais je sais que plus loin, je prendrai ma revanche. Je poursuis donc l'histoire.

Je suis donc assoupie. Soudain il me semble entendre une voix qui se pose à l'orée de l'oreille. Impossible, me dis-je, il n'y a ici, près de moi, pas l'ombre d'une personne. Mais la voix se fait plus insistante. Alors n'y tenant plus, je n'ai pas d'autre choix que de remonter mes paupières et de les accrocher à l'arcade sourcilière. Je n'en crois pas mes yeux. Devant moi, se tient dans un garde-à-vous digne d'un militaire, un individu, grand, mince, sanglé dans un habit cintré fait d'un jaune lumière. Son visage caché par d'imposantes lunettes au monture de fer, semble me regarder. Avec grande élégance il se présente enfin et me dit : "Mes hommages, Madame, Je suis l'Astre du jour, soleil pour les intimes". Je suis, vous le pensez, vraiment interloquée. Tellement que j'en perds toutes notions de la plus élémentaire civilité, qui aurait voulu, que je me présente et lui offre un siège !

Enfin quelques minutes après, je retrouve mes esprit et lui offre à s'asseoir, et retrouvant d'un coup ma bonne éducation, je lui propose un verre. Je m'entends demander : "Monsieur Astre du jour, vous devez avoir chaud, désirez-vous un verre ?" La réponse ne se fait pas attendre : "Quelle excellente idée ! J'aimerais, si cela est possible un tequila sunrise ?" J'aurais dû m'en douter. Un moment de panique, point de tequila. En mon fort intérieur, je me dis qu'un quelconque alcool fera aussi l'affaire. Je me lève et vais promptement préparer la commande. L'événement que je vis me fait tourner la tête. Je prépare à la hâte la fameuse boisson et revient vers mon hôte. Toujours les bonnes manières qui prennent le dessus, je dis : "Je bois, Astre du jour, à votre bonne santé". Je n'avais pas de si tôt terminé qu'il se met à se plaindre et me confie sa peine.

"Voyez, me dit-il je suis très malheureux. Beaucoup de vos pairs me malmènent. Lorsque je m'absente pour quelques rares journées, il se plaignent du manque de ma présence. Mais, quand je suis là, fidèle au rendez-vous, plein de chaleureuse bonne volonté et de sollicitude, ils disent que je suis facteur de cancer. Pas un jour ne se passe où quelqu'un ne trouve à redire sur mes activités. Et pourtant, imaginez un peu que serait votre terre, si je n'étais pas là. Vous seriez des congères. Croyez-moi, je crois pour ma part, que les fauteurs de troubles, ce sont tous ces gens là, qui sans respect de rien, polluent l'atmosphère. Et puis voyez encore, toutes ces crèmes et produits divers lancés sur le marché. Ils ont très certainement une grande importance pour plusieurs, leur permettant de grimper les échelons de l'échelle des profits. La gamme est étonnante, du numéro un cela va jusqu'à trente. C'est à n'y rien comprendre, alors que seulement quelques mesures prudentes suffiraient pour se mettre à l'abri, lorsqu'il m'arrive d'être un peu trop, comment dire, énergique. Il doit, à mon avis, y en avoir plus d'uns, à qui une certaine propagande basée sur la panique, est des plus profitables. Pour ma part, je pense, que c'est le gros bon sens et une juste prudence qui devraient être mis en marché"

Conscient, je le suppose, de la véhémence de son discours, il me fixe alors et me dit : "Et vous qu'en pensez-vous ?" La question, c'est clair, demande une réponse.

"Pour ma part, lui dis-je, je suis de votre avis. J'ai d'ailleurs toujours cru que de chaque chose il convient d'en faire un bon usage. Modération est un mot dont la résonance me sied bien et me plaît."

Comme pour le consoler de sa mauvaise fortune, je lui signale qu'il n'est pas le seul à être de la sorte quelque peu malmené. Voyez, on parle de l'eau qui manquerait de fluor. Ou encore parlant de la pluie, on dit qu'elle serait acide. Si tel est le cas, ce n'est pas sur la pluie qu'il convient de jeter l'opprobre, mais bien plutôt sur toutes ces cheminées qui crachent au ciel leur fumée nocive. Ces dernières n'ont pas d'autre choix, que de trouver refuge au creux des nuages. Alors quand, ceux-ci gonflés à outrance, se laissent aller et se répandent, il est bien évident qu'ils rejettent vers nous le bon comme le mauvais. Nous sommes à un tournant. Le siècle, vous le savez comme moi, entre en agonie. Ce n'est pas chose aisée. Mais, je crois certainement que l'on s'en sortira. Mais, vous en conviendrez, le pire fléau n'est pas votre influence, que l'on dit à tort ou à raison néfaste et malveillante, mais bien plutôt le ravage, que fait cette insidieuse maladie, je veux dire le sida. Là le problème est majeur, il faut entrer en guerre et surtout la gagner.

Il est de mon avis je le sens, je le sais.

Voyant son verre vide, j'en lui propose un autre. Il répond qu'il ne peut, qu'il aime comme moi le mot modération et que, de toute façon, il lui faut repartir. La lune, paraît-il, attend pour se montrer le nez qu'il soit, lui, dans les bras de Morphée.

Nous faisons nos adieux. Et comme, je l'ai dit, je connais et applique les règles de bienséance, je le raccompagne un petit bout de chemin. Un signe de la main et le voilà parti.

Je reste un tantinet songeuse... Un sentiment étrange de ne plus savoir vraiment où je suis. "Voyons, me dis-je tout bas, reprends donc tes esprits. Une telle aventure ne peut, c'est évident, n'appartenir qu'au monde imaginaire ". C'est cela que je clame haut et fort, mais tout au fond de ma tête, je n'en suis pas si sûre !

Marybé

   kasita_sz
  2004-08-03 Réponse #1  

bon matin

merci pour l histoire

faire exister des choses qui n existent pas... n est-ce pas la, la plus belle realite de cette fonction de notre cerveau ?

belle journee

k.


   Doc2_sz
  2004-08-03 Réponse #2  

un mot a dire sublime


Inconnu
  2004-08-03 Réponse #3  

j'ai besoin d'une expliquation chère amie... pourquoi à la lecture de tes envois depuis deux ans je crois , j'ai toujours l'impression de vivre ton histoire ?? .. tu as un don mon amie celui de bien raconté et ce don tu devrais en faire profiter le max de gens tu as déjà penser publier ??

,merci de tes trop rare écrits

placotemoi un ami virtuel heureux de voir ton nick dans un forum


   lulu2000_sz
  2004-08-03 Réponse #4  

Placotemoi, pourquoi tu lis ses envois depuis deux ans et que tu es inscrit depuis mars et elle depuis février?

Lulu qui cherche à comprendre


Inconnu
  2004-08-03 Réponse #5  

chere lulu, je connais sergyann sur d'autres sites et jaime bien suivre ces écrits tout simplement ... tu sais l'internet est un petit village pas toujours gai hihihi

placotemoi qui fait de l'esprit de bottine


   noel2003_sz
  2004-08-03 Réponse #6  

lulu tu cherches quoi ??


   lulu2000_sz
  2004-08-03 Réponse #7  

Je ne m'adresse pas à toi Noel,désoléee


   lulu2000_sz
  2004-08-03 Réponse #8  

Merci Placotemoi, je comprend mieux maintenant


Inconnu
  2004-08-03 Réponse #9  

Lulu, j’ai connu Placotemoi sur un autre forum qui n’existe plus maintenant. Nous nous étions perdus de vue, lorsqu’un jour j’ai eu grand plaisir de le retrouver ici. Il a toujours été eu l’amitié et la gentillesse de me lire et d’apprécier mes écrits Je l’en remercie sincèrement.

Placotemoi, tu sais pour ce qui est d’éditer mes textes, format papier s’entend, je n’y vois pas l’utilité. Je préfère les offrir en lecture sur le net au moyen de mon site web. J’ai cependant une de mes nouvelles qui a été éditée en France par les éditions A.L.P.A. en compagnie de 15 autres auteurs, tous de nouvelles également. C'était une sorte de concours, j'ai participé pour le fun et j'ai été retenue. Nous vivons une époque qui permet, grâce à Internet, de faire voyager nos mots à travers la planète toute entière. Je trouve que c’est génial et je mets ce moyen à profit.



   lulu2000_sz
  2004-08-03 Réponse #10  

Oui Sergyann, j'avais bien compris l'explication de Placote-moi. C'est merveilleux que vous vous soyez retrouvé grâce à Internet!


Inconnu
  2004-08-05 Réponse #11  

dis moi si tu peux me redonner cette adresse car jai reformater mon ordi .. et puis faire partager ton site serait une bonne idée pour les autres crois moi

placotemoi ..


Inconnu
  2004-08-05 Réponse #12  

Marybé,

Encore et encore et toujours un délice !


Inconnu
  2004-08-06 Réponse #13  

Kasita, Doc2, Placotemoi, Popsicle, merci pour vos appréciations

Merci aussi à tous ceux qui sont passés ici, qui ont pris le temps découvrir ces mots avec lesquels j'aime jouer...

Il y a le plaisir d’écrire
Il y a le plaisir d’être lue
Il y a surtout le plaisir de savoir que nos mots que l’on a pris tant de plaisir à mettre en phrases ont su procurer quelques petits moments de plaisir à d’autres.

Si le cœur vous en dit…www.geocities.com/marybe1


   Sandre_sz
  2004-08-07 Réponse #14  

Sergyan,
Tes mots sont un délice. J'ai immédiatement regardé ton profil et j'ai compris. Alors je t'envoie le témoignage d'une amie qui a vécu à Marakech :

"Lise ne fut pas enthousiaste après la découverte de la place Jmaâ el Fna : elle n’aimait pas la foule, agoraphobe certainement, mais elle appréciait cependant le cirque dans d’autres circonstances... Elle n’avait que faire des charmeurs de serpents édentés ou aveugles, aux yeux vides à cause du diabète dû au sucre du thé ou du kif et du vent du grand sud, qui mêlaient un concept de domination du reptile, d’intouchabilité du propriétaire mais également une notion de sexualité au rabais grâce au son dégagé par leur flûte souvent à deux cornets. Cherchaient-ils à charmer de jeunes gens charmants ? Pourquoi le serpent, figure destructrice dans beaucoup de religions, était-il considéré de sexe féminin, comme une femme qui danse, se courbe et se déhanche donc tend vers l’impur ? Le charmeur se croyait beau et habile en ouvrant la bouche et sortant la langue en des va-et-vient expressifs comme dans un rapport amoureux pour inciter le serpent à en faire de même. Que devaient penser les enfants qui le scrutaient en riant d’un air déjà vicieux ? Savait-il cet homme qui utilisait sa ghetta en guise d’appel que la prétendue musique pour faire dresser les serpents hors de leur corbeille n’était que billevesées ?... Les serpents sont sourds ! Que faire des arracheurs de dents, des collections de dentiers étalés sur des plaques de tôle à hauteur de buste qui vous mordraient le doigt si vous l’avanciez un peu trop, ou vous sauteraient au visage si vous les narguiez avec insistance en guise de moquerie. Que faire des porteurs d’eau avec leurs clochettes tintinnabulantes autour de leur chapeau pointu, turlutu, toujours aussi agressifs ; de la cuisson des poulets en rang d’oignons, des têtes de mouton et des escargots dont les visiteurs autochtones ne buvaient que le jus de cuisson ou consommaient la chair fortement épicée ; que faire des conteurs berbères dont elle ne comprendrait pas le dialecte... puisque la notion de conter dans l’oralité d’une personne à une autre, d’une génération à une autre, devait normalement être fidèle à la parole. Et pourquoi ne pas retrouver un jour la première parole ? Après lecture de Tahar Ben Jelloun, Lise constata que la tradition n’était pas respectée. Mais elle saisit une nuance qui lui avait échappée jusque là quand elle s’était plongée dans la lecture de « L’Enfant de Sable » et de « La Nuit Sacrée » : il était en quelque sorte « diabolique » de parler à la première personne. Le « je » allait à l’encontre de la littérature classique marocaine et l’histoire trop choquante pour une morale confinée dans la féodalité et le patriarcat ! Outre la mémoire, on y parlait de son corps, de la langue, de l’autre... Qu’importe les couleurs acides des vêtements des saltimbanques en pyramide humaine ébouriffant leur tignasse et bandant leurs muscles dans leurs élans, ou des jongleurs peaufinant leur art sur des airs stridents. Ils n’apportaient plus à Lise la surprise, l’étonnement, le frisson que pouvaient lui communiquer les spectacles des Taïwanais ou des Chinois.

Le soleil dardait encore ses rayons sur l’habitation jouxtant le Café de France, abandonnant un disque jaune d’or éclatant en mille miettes de feu. Du sommet du Café, l’oeil se réjouissait de toutes les couleurs des parasols protégeant des buvettes, des échoppes à tout vent. Ces couleurs passaient du bleu outremer au jaune citron du meilleur teint, dérapant ensuite jusqu’au rouge cadnium, se mariant avec les différents roses des façades des habitations et de leur balcon perché au sommet habillé parfois d’une mince végétation languissante... Quel délice de pouvoir planter son regard dans la foule bigarrée et mouvante, et soudain, rencontrer l’immobilité de la Koutoubia, irradiée par le couchant, rose cendrée, dominant les toits et les balustrades des maisons semblant enfin respirer par bouffées l’air frais envoyé par le Toubkal. Des fumerolles, des cris, des mélopées, de la musique syncopée, une véritable cacophonie montaient en bouffées sonores et espacées de la place.

Lise, curieusement, ferma soudain les écoutilles par un conditionnement connu d’elle seule. Les habitants continuaient à s’agiter. Les bus déversaient leur lot de touristes pressés. Les serveurs tendaient d’une main une eau ou un soda tiède et recevaient de l’autre des dix dirhams tarifés. Synchronisme du geste... Le bon filon... Les visiteurs se bousculaient aux rambardes, souhaitant ne rien manquer du spectacle pour réaliser la photo du siècle.... Bataille au sommet des balcons pour les meilleures places. Presse en bas pour pouvoir se remplir les yeux de chaque détail offert par ce concentré de boutiques terreuses, rose sale, magasins en plein air, démonstrations en tous genres...

Les ombres commencèrent à envahir la place. La Koutoubia se dissolvait dans un bleu de prusse virant au mauve clair lointain. Le frais devint froid. Les petits commerces ambulants allumèrent un à un leur lampe à gaz flottant dans le vent du soir. Lise frissonna. Il était temps d’aller se reposer, reprendre des forces. La saveur de l’eau en fin de flacon devint saumâtre. Lise, dégouttée, planta la bouteille dans un pot de fleur pour marquer son mécontentement et renversa le contenu sur la fleur afin qu’elle crève si le produit était nocif. Il y avait eu tromperie sur la marchandise ! Elle gagna le rez de chaussée où les gaz des pots d’échappement la prirent à la gorge et le bruit lui sauta au nez. La civilisation vue d’en haut ne ressemblait en rien à celle vue d’en bas. Qui lui avait affirmé que la renommée de cette place était surfaite ? Pourtant, a posteriori, elle se sentit ravie d’avoir pu admirer ce spectacle inédit... Ce grouillement de la vie de chaque jour, chaque heure de cette ville à l’atmosphère insaisissable...

Sur cette place, on pouvait s’y faire lire sa grande aventure par des diseurs de bonne aventure, consulter un guérisseur, se faire tatouer une arabesque au henné, manger pour quelques dirhams une soupe de pois, quelques brochettes ou un mélange de carottes râpées mêlé à du jus d’orange, ou acheter des mandarines ou des oranges et des épices aux couleurs si contrastés ou progressant dans les camaïeux de jaune, vert, brun... Les femmes s’achetaient des épices, du henné qu’elles mêleraient délicatement à une décoction de leur fabrication confiée de mère à fille. Elles s’enduiraient les cheveux de cette mixture et le soleil plongeant dans leurs mèches y rencontrerait un reflet roux du plus bel effet ! Munies d’une grosse seringue, des mains de femmes exécuteraient sur les mains et les pieds de leurs filles et amies des dessins semblables à de la dentelle, reproduisant les motifs de leur ethnie. Les fiancées et les jeunes mariées se faisaient particulièrement décorer la plante des pieds. Rapprochées l’une de l’autre, elles étaient si sexy qu’un homme devait se laisser prendre par l’image comme par un parfum... ou de la fine dentelle de dessous chics ! Il régnait sur cette place un mélange des genres : les marchands, coiffeurs, vendeurs de journaux, policier, syndicaliste, ex-prisonnier politique, maçon, poète, mystique."
A bientôt le plaisir de vous lire tous. Chacun peut improviser. Rêver dans sa tête.


   closto45_sz
  2004-08-07 Réponse #15  

Faire vivre le soleil ou le reste de la VIE autour de nous, nous faire découvrir les réalités cachées sous nos consciences, nous enjoliver le quotidien, voilà dans quoi Sergiann est une maîtresse des mots. Et je suis certain, à la lire, que dans le reste de sa vie, elle est très précieuse à son entourage et maîtresse dans d’autres domaines.
Allez visiter son site et vous verrez une vie intéressante à suivre… même pour un inconnu qui ne l’est pas des x… tant on SE découvre dans ses écrits.


Inconnu
  2004-08-07 Réponse #16  

Merci Sandre, pour cette magnifique balade au parfum d’exotisme, pour le plaisir de savourer ces mots dont la magie et la couleur nous font voyager et découvrir des nouveaux horizons. Merci pour tous ces mots dont la musique m’a offert l’évocation d’un pays aux accents de soleil, de mer, de traditions si riches dans leur diversité.

Merci Closto pour ton gentil petit mot. Tu sais, les mots sont pour moi des amis précieux. Je prends un réel plaisir à les côtoyer, à jongler, à jouer avec eux … J’aime ce verbe Jouer…plaisir de jouer…
À bien y penser, la Vie n'est-elle pas le plus intéressant et le plus passionnant jeu auquel tous, nous avons été conviés de participer ?



[Modifié le 8/7/2004 11:04:14 PM]

[Modifié le 8/7/2004 11:05:12 PM]


   Sandre_sz
  2004-08-09 Réponse #17  

Sergyann, la suite :

Lise chercha la signification du nom de cette place. Jmaâ voulait dire place de la mosquée qui s’est écroulée. Fna sous-entendait une idée de mort. On conduisait les criminels et les rebelles à l’exécution. Le sultan y aurait fait pendre les meneurs d’une révolte.

Lise n’arrivait pas à comprendre ce qui la mettait mal à l’aise, mêlée à cette foule de maghrébins aux yeux exorbités. Etait-ce sa dénomination ? Etait-ce la forme de la place en forme d’utérus et le rappel de la mère ? Non ! En réalité, elle retrouvait ce grouillement de badauds qu’elle rencontrait tous les jours à XXXXXX ou YYYYYYYYY. Elle aurait souhaité quelque peinture plus fantastique. Après réflexion, elle dut admettre que c’était leur couleur locale à eux, et qu’elle devait les comprendre et les admettre tels qu’ils se montraient. Pourquoi vouloir être étonnée par plus de sensationnel ?

Elle s’apercevait qu’elle aurait aimé lier connaissance avec ces gens, mais qu’ils avaient une autre culture, des coutumes, des croyances qu’elle ne captait pas. Et pour cause : les Marrakechis n’acceptaient pas ce mélange. Les touristes les regardaient, mais les Marrakechis ne savaient pas faire du tourisme « à l’envers ». Elle transportait avec elle des connaissances sur le monde entier et avait du mal pour s’émerveiller de ce qu’elle considérait, elle, comme rien de bien nouveau. Elle avait l’impression d’arriver un jour de marché ordinaire dans une ville de province de son pays. Blasée Lise ? Bien sûr, il fallait comprendre comment ce peuple mêlé de l’Atlas, du Sous, du Grand Sud et de Marrakech se réjouissait à bon compte du moindre détail vivant et coloré. C’était leur fête, la joie de leurs yeux, le lieu des marchands d’illusions, pas la réjouissance de notre intrépide promeneuse. Ces gens, pour la plupart, n’étaient jamais sortis de leur contrée. Juan Goytisolo qui a convaincu l’UNESCO de faire de cette place le « patrimoine oral de l’humanité » pense et revendique l’idée d’un lieu à la recherche d’échanges où les gens pourraient parler ensemble (sorte de livre oral pour les analphabètes). Cela se pratiquait journellement. Mais avec un niveau qu’elle ne pouvait analyser ne comprenant pas les dialectes, donc excluant les étrangers. Comment devient-on poète, écrivain sinon en comparant ses expériences avec des étrangers ? Pour cela, il fallait s’expatrier un peu. Ben Jelloun l’avait fait. Goytisolo était italien. Ils pouvaient prétendre à cette activité dans ce lieu, pas les autochtones qui n’avaient perçu qu’une partie de la vie : leurs expériences locales, donc rétrécies. Lise fut conduite à se poser cette question fondamentale : est-ce que écrire, faire de la poésie est inné ? Oui quand on a souffert ! Parler de sujets aussi épineux que la corruption, le népotisme, la violence et l’expérience carcérale, c’est vaincre sa peur. Décrire le cauchemar des mouroirs ou des boat-peoples candidats à l’exil tentant de traverser le détroit de Gibraltar sur des embarcations de fortune. Peu d’écrits ont traversé la frontière sous le règne d’Hassan II. Liberté de la presse interdite ! On prédisait d’ailleurs la mort de la littérature marocaine dans les années 1970. Quant aux écrivains femmes, elles commencèrent vers les années 1990 à s’exprimer. Il était préférable d’abord d’asseoir sa notoriété dans le métier de professeur ou d’avocate, médecin ou chercheur dans le fonctionnariat, la femme ayant un rôle et un statut minoré. Misères matérielle et sexuelle commencent à se faire entendre. « Qu’il est loin, qu’il est long le chemin papa.... »

Cette place Jmaa el-Fna était initialement couverte de sable. On voulut transformer ce lieu en centre commercial ou en parking ! En accord avec le GATT, cette place fut recouverte de goudron. Tournant résolument le dos au modernisme, elle ressemble à une cour des miracles au pied de la Koutoubia. Quasimodo et sa bosse devaient s’y rencontrer.


   Alki_sz
  2004-08-09 Réponse #18  

Sandre,

Chapeau! la chaleur,l'odeur de ce café qu'on ne peut oublier,les couleurs,les foules, tout ceci vient, d'un seul coup, envahir notre maison.

Quel délice....


   Sandre_sz
  2004-08-11 Réponse #19  

Merci Alki. Merci beaucoup.


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