L’intensité d’un regard, une photo…. Deux grands yeux prenant toute la place dans un petit visage émacié à la peau noire. Ils semblent m’interroger…et spontanément j’ai éprouvé le besoin de lui écrire ceci :
D’où es-tu petit ? Je ne le sais pas exactement, mais sûrement de l’un de ces pays où la vie quotidienne s’apparente plus à une survie qu’à ce que l’on peut appeler vivre. Car ce continent qui t’a vu naître, où s’écoule ton enfance, en cette Afrique oublié des nantis, les jours sont douleurs, guerres, famines, sida…
Je n’ai pas de réponse à te donner. Sauf celle que nous savons ce que toi et les tiens vivez au quotidien. Oui, nous savons vos malheurs, vos douleurs, vos guerres, nous savons le ravage du sida. Tous ici, nous savons, nous que le destin a fait naître dans cette partie du monde privilégiée où sévit non plus la consommation, mais la surconsommation, où le gaspillage dans bien des domaines est normalité. Nous sommes au courant de votre douleur par le pouvoir des mots mais aussi par celui des images criantes de vérité qui viennent nous retrouver presque à chaque jour. Nous ne pouvons donc pas prétexter l’ignorance…et pourtant nous ignorons.
Car, pour toi et les tiens, rien ne change ou si peu. Ceux qui, ici, détiennent le pouvoir ne semblent pas interpellés par ce qui se passe chez toi. Ils ne semblent pas intéressés à vous venir en aide, car qu’est-ce que le continent africain peuvent leur rapporter. Quelles sont les richesses dont ils pourraient bénéficier ? Car vois-tu, dans leur froide logique, avec si peu d’humanité, toutes actions, toutes mesures prises doit l’être en fonction d’un rapport. Tout a un prix…Tout se monnaie.
Tu sais, petit, j’aimerais pouvoir te dire que tout va changer. J’aimerais pouvoir te rassurer, te dire que tu n’auras plus jamais faim, que désormais les guerres appartiendront au passé, que le sida va être vaincu. J’aimerais pouvoir te dire que tu vas devenir grand, fort, épanoui, heureux…mais je n’en ai pas le droit, parce que ce serait te mentir.
Je peux seulement, même si je ne te connais pas, te dire que ta souffrance que tu ressens, quelque part au profond de moi, je la ressens aussi.
Je t’embrasse petit, avec toute ma tendresse comme j’aime embrasser et cajoler mes 4 petits enfants. Toi à qui on vole l’insouciance de l’enfance, j’aimerais que tu saches, tu es dans mes pensées car je t’aime.
La beauté du monde, voilà ce à quoi ca me fait penser. Rien à voir avec un quelconque jouet, avec une quelconque bagnole.. Simplement une émotion pure..